Biographie

Anne Barth est réalisatrice franco-québécoise. Elle a produit et réalisé plusieurs courts métrages depuis 1992 où elle a reçu le 1er prix au FFM de Montréal avec Tandava. Plusieurs de ses documentaires ont été diffusés à la télévision : Télé-Québec, TV5,WTN. Tout en étant membre des Films de l'Autre et de Réalisatrices Équitables, elle poursuit sa création à titre de cinéaste indépendante. Anne Barth a enseigné 30 ans dans diverses universités québécoises. S’intéressant particulièrement à la créativité et à l’écologie personnelle et relationnelle, elle intervient comme formatrice et animatrice dans les organisations.

Entretien avec la réalisatrice

Qu'est-ce qui vous a amenée à réaliser ce film?

J’ai rencontré Michel Valentin et Isabelle Peloux en 2006 dans un grand rassemblement d’éducation à la paix en France. Je venais du Québec où je vivais depuis 35 ans.
En 2007, je me suis rendue dans la Drôme pour animer un atelier sur le vivant et j’ai passé une journée aux Amanins(1). Michel Valentin faisait visiter les lieux et malgré un vent glacial, je m’y sentais bien !

Au Québec, comme consultante en management, j’ai fréquenté le monde des entrepreneurs. Durant toutes ces années, j’ai pu constater les nombreux défis relationnels tant d’un point de vue individuel qu’organisationnel. C’est pourquoi, le projet de transmission et les façons d’entreprendre que Michel Valentin portait et réfléchissait dans tous les sens du terme, m’ont beaucoup interpellée. Je souhaitais questionner les possibilités de développer une activité économique tout en servant les autres et la planète, la Terre. Est-il possible d’entreprendre autrement, d’entreprendre sans prendre ?

En 2009, me voilà à nouveau aux Amanins où j’y fais un séjour. Isabelle Peloux, directrice de l’école primaire qui se trouve dans les lieux, me propose de faire un film sur l’école.
Fin 2010, Quels enfants laisserons-nous à la planète ? voit le jour. Michel Valentin a produit le film et c’est comme cela que nous avons développé une collaboration, parfois faite de confrontations.

Mon lien avec lui était très fort. Il était exigeant et il avançait. Parfois très vite, parfois trop vite et cela me ressemble. Il était têtu et aussi très sensible, ouvert. Je crois que nous avions la détermination en commun, l’intégrité sans doute et l’authenticité. Ce qui nous reliait, c’était la croyance profonde dans ce qu’il disait souvent : “il faut se transformer, il faut cheminer et ce n’est pas facile”. C’est tout cela qui m’a donné le goût de faire un film sur lui, sur son parcours et sa transformation d’homme d’affaires dur, solitaire, en entrepreneur au service des autres et guidé par une mission de transmission. Parce que sa force, sa détermination, sa prise de conscience me touchaient personnellement. Le film aborde des questions communes à tout le monde, comme qu’est-ce qui nous rend heureux ? Comment travailler ensemble ? Michel Valentin a tenté d’y répondre d’une certaine façon et c’est ce que je souhaite partager avec le public.

Comment avez-vous poursuivi la réalisation et le montage du film suite au décès de Michel Valentin ?

Ce film fut un défi. La ligne était fragile entre mon lien affectif avec Michel Valentin et Isabelle Peloux et le fait que je voulais donner la parole à l’entrepreneur sans faire un reportage sur les Amanins. J’avais commencé à tourner cinq mois avant sa mort. Sa disparition soudaine nous a grandement bouleversés. Et n’a pas changé mon intention de réaliser le film, bien au contraire. Il a fallu transformer le processus de création initial. J’aime travailler la construction du film aussi durant le montage et là je me heurtais à tout ce qui manquait sur Michel. Il a fallu retracer le fil rouge, inclure des témoignages. Il était souvent appelé à prendre la parole publiquement et je suis allée chercher des enregistrements sonores, des émissions radio, des images d’archives.
Laure Baudouin, la monteuse a témoigné d’une grande patience pour faire évoluer le film. C’était une expérience très riche et une précieuse collaboration. J’ai beaucoup appris.

Avez-vous d’autres projets de films ?

Oui, bien sûr ! Plusieurs sont en développement.
Bernard Émond, un réalisateur québécois, écrit : « Nous sommes devenus les spectateurs désabusés d'une réalité que notre inattention a vidé de sa substance…Persister à faire des films dans ces conditions tient du pari et de la prière. Le pari : que par le travail du cinéma il soit possible de parvenir à une véritable attention au monde ; la prière : qu'il se trouve encore des spectateurs pour librement accorder aux films réalisés dans cet esprit une égale attention et par là une même attention au monde. Le cinéma devient alors autre chose qu'une technologie du divertissement ou de la persuasion (pour ne pas dire propagande) : il devient une manière de s'appliquer à voir, à voir derrière, à voir au-dessus des choses, à voir ce qui ne se voit pas du premier coup d'oeil, à voir ce qui est devenu invisible dans un monde encombré d'images. Voir ce qui est devenu invisible : la délicatesse des liens humains ; la profondeur d'un désarroi ; la beauté d'un visage vieillissant ; l'infinie subtilité d'une lumière matinale ; ce qu'il y a derrière les gestes du travail ; la vérité cachée d'un baiser, d'une caresse ; ce qui se passe quand on ne dit rien.»(2)

C’est ce qui me guide dans mon travail de cinéaste. Je suis en chemin...

(1) Les Amanins, centre agro-écologique dans la Drôme, est un lieu d’accueil, d’éducation et de transmission avec une ferme et une école primaire, imaginé par Pierre Rabhi, Michel Valentin et Isabelle Peloux. Il est actuellement géré par une scop et une association.

(2) Il y a trop d’images. Éd. Lux. 2011 (Québec)